mercredi 1 octobre 2008

Vox populi I : Des mots pour exprimer l'amour des beaux livres


« la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie (1)», on verra bien …


En attendant, de nombreux auteurs, connus ou moins connus se sont exprimés sur la passion des beaux livres. Lisons-les dans le texte, agrémenté de quelques images évocatrices (2).


« La philosophie, guidée par le goût, doit toujours déterminer le choix du bibliophile dans ses acquisitions. Entasser des livres sans discernement, n’est pas prouver qu’on les aime ; ce n’est donc pas celui qui a le plus de livres, mais celui qui possède les meilleurs, qui mérite le titre de bibliophile. »


Gabriel Peignot,

Dictionnaire de bibliologie, 1802, tome I, p. 52-53.



« Charles Nodier m’a dit souvent (et ses paroles m’ont frappé, pour que je les répète textuellement) : « Nous ne saurions, nous autres bibliophiles, avoir trop d’estime, trop de sympathie, trop de gratitude, pour un libraire qui fait des livres. » Faire des livres, en langage de bibliophile, ce n’est pas toujours, Dieu merci, en écrire ou en publier ; non, ce qui est peut-être plus utile et plus sérieux, ce qui est peut-être aussi plus difficile, c’est de rendre durables, presque éternels, les livres, les beaux livres, les livres rares, en leur donnant ce qui fait leur passeport pour entrer dans toutes les bibliothèques présentes et futures, en leur assignant un brevet d’honneur et d’immortalité, c’est-à-dire un vêtement digne d’eux, une reliure de luxe, une reliure d’art. Il faut avoir le goût et la foi, pour faire des livres, de cette manière qui en vaut bien une autre. »


Paul Lacroix,

Bibliophile Jacob, Catalogue de la librairie Auguste Fontaine, 1872, p. II.



« De la Bibliomanie. — Gardons-nous de confondre avec les bibliomanes ces hommes doués d'esprit et de goût qui n'ont des livres que pour s'instruire, que pour se délasser, et qu'on a décorés du nom de bibliophiles. «Du sublime au ridicule, dit un spirituel amateur de livres, il n'y a qu'un pas (Napoléon Bonaparte), du bibliophile au bibliomane, il n'y a qu'une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane quand son esprit décroît, ou quand sa fortune augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l'autre. »


Jean Baptiste Félix Descuret,

La médecine des passions, ou Les passions considérées dans leurs rapports ..., 1844, p. 752.




Arrêtons-nous là pour aujourd'hui, et à très bientôt pour un Vox populi II (la suite).


Amitiés biblio-maniaques, Bertrand.


(1) Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, « quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit . » Premier texte original d'où est extraite cette locution, dans une lettre d’Alcuin à Charlemagne en 798.


(2) Ces illustrations sont extraites de la réédition à petit nombre de L’enfer du bibliophile par Charles Asselineau. Carteret, 1905. C’est une suite de 3 hors-texte par Léon Lebègue et réhaussés en couleurs (avec d’autres vignettes dans le texte et un frontispice que nous ne reproduisons pas ici).


4 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Le goût des livres est l'apanage de l'aristocratie de l'esprit"
Paul de Malden, "Bulletin du Bibliophile", 1857.

bertrand a dit…

"Le bibliophile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste, dont nous allons parler, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d'une perle s'est trouvée dans le fumier, et plus d'un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares."

Charles Nodier, Bulletin du bibliophile, année 1842, p. 251.

rui a dit…

« De quel droit, en effet, me serais-je érigé en censeur universel ? je me suis seulement permis de dire que tel ouvrage était estimé, que telle édition était préférable á telle autre, parce qu’il est censé que ses observations sont plutôt le résultat de l’opinion générale que mon sentiment particulier.»
J.-C. Brunet(1868)

rui a dit…

«Toute histoire a une morale. La morale, la voici : c’est qu’il faut être fort indulgent pour les erreurs d’autrui : il n’y a que ceux que ne marchent pas, ne parlent pas et ne publient rien, qui échappent au péril de se tromper ou de s’égarer en chemin.»
« A Propôs de Conrart» - A Fabre
Bulletin du Bibliophile, 1889, page 472

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