samedi 5 septembre 2009

François Perrin, imprimeur de Genève ( 1562-1571)






Bravo à Martin, Raphaël et Textor pour avoir su démasquer l'imprimeur-libraire à la marque aux deux portes(*), c'est à dire François Perrin. Voir le billet d'hier à ce sujet.

Je rebondis donc sur cette identification rapide en vous donnant pour lecture les quelques éléments biographiques et historiques dont on dispose sur cet imprimeur genevois.

François Perrin est Maître-imprimeur à Strasbourg en 1558 et à Genève de 1562 à 1571. Fils de Humbert, de « Condé sur Meselle en Lorraine » (Sierck-les-Bains sur la Moselle), il est inscrit comme habitant de Genève en avril 1559 et reçu bourgeois en janvier 1562. Il meurt de la peste en octobre 1571. En 1558, il imprime, en tant que bourgeois de Strasbourg, plusieurs ouvrages pour Pierre Estiard, dont un porte la fausse adresse de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin).

En 1561, il fait partie du groupe des six compagnons imprimeurs convoqués par le Conseil pour avoir exigé un congé tous les mercredis, alors que le Conseil l'admet un mercredi sur deux.

Dès son accession à la bourgeoisie en 1562, il demande à ouvrir une imprimerie. La chose lui est refusée en raison de sa pauvreté.

En avril 1562, il obtient gain de cause grâce à l’appui de Laurent de Normandie et de Philibert Grené.

En juin 1563, il peut faire rouler deux presses et en 1566 trois, à condition de travailler pour Normandie. Il succède à Conrad Badius comme imprimeur privilégié du grand marchand libraire genevois.

Il travaille cependant aussi pour d’autres libraires comme Artus Chauvin, Jean Durant, Jean Le Preux, Antoine Vincent et aussi Jean Petit de Paris.

Sa production est imposante : près de 70 éditions en dix ans. Il est possible qu’il ait imprimé des ouvrages sans y indiquer son nom. Sans être extraordinaires, ses impressions sont d'une belle venue, les caractères sont nets et le papier souvent de bonne qualité. Il n’en est pas moins mort « chargé de dettes ».

En 1572, l'imprimeur Simon Fournier (Maître-imprimeur à Genève de 1572 à 1577) achète avec l'imprimeur Abel Rivery le matériel typographique de François Perrin pour 554 florins.

Quelques publications paraissent encore à son nom en 1572.

Ses marques ont pour thème les deux portes, étroite et large.

Notice du R.I.E.C.H.(**)

La marque que je vous ai montré hier provient d'un bel in-folio imprimé par les soins de François Perrin en 1568 à Genève. Il s'agit d'une édition peu commune de l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin, dans sa version latine.

François Perrin a imprimé, pour lui ou pour d'autres libraires, un grand nombre d'écrits du réformateur de la religion chrétienne.

En 1564 on trouve des Commentaires de M. Jean Calvin sur le livre de Josué, de l'imprimerie de François Perrin pour François Estienne à Genève.

En 1569, on trouve des Sermons sur le livre de Job par Jean Calvin.

Dès 1566 il donne une édition en français de l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin au format in-folio.

En 1572 on trouve les Commentaires sur le prophète Isaie, in-folio. Etc.

L'Institution de la religion chrétienne est un des livres les plus imprimés au cours des années 1536 (date de la première édition latine) à la fin du XVIe siècle. On en dénombre des dizaines d'éditions.


Je confirme par ailleurs que cet ouvrage est excellemment imprimé, en beaux caractères, la mise en page est sobre et classique pour l'époque mais très claire, on trouve quelques lettrines historiées qui donnent à ce beau livre, un aspect tout à fait charmant. L'exemplaire se présente dans sa reliure en vélin souple parfaitement conservée.


Je laisse le soin aux plus curieux d'essayer de déchiffrer les ex libris manuscrits, de l'époque semble-t-il, qui se trouvent en haut et en bas du titre. Voir les photographies ci-dessous.



(*) inspirée de Matthieu (VII, 13) : «Entrez par la porte étroite»
(**) R.I.E.C.H. Répertoire des Imprimeurs et Editeurs suisses actifs avant 1800.


Bonne journée,
Bertrand

17 commentaires:

isolde a dit…

Petit erratum : c'est Custines en Meurthe-et-Moselle qui portait jusqu'en 1719 le nom de Condé-sur-Moselle, et non Sierck-les-Bains (http://fr.wikipedia.org/wiki/Custines).
D'autre part, j'avoue mon ignorance technique dans la compréhension de la phrases suivante : "En juin 1563, il peut faire rouler deux et en 1566 trois, à condition de travailler pour Normandie". Que signifie "faire rouler deux, ou trois" ?

Merci encore pour ces articles encyclopédiques (aucune envie de contribuer au projet Bibliothéconomie et histoire du livre de Wikipédia ?)

Bertrand a dit…

Merci pour cette précision Isolde (quel beau pseudo !),désolé pour l'erreur dans le texte, il fallait lire en effet, "faire rouler deux, ou trois presses"

Je corrige en français dans le texte.

Pour Wikipedia... disons que j'aime bien l'idée de faire un Bibliopedia à nous. C'est l'interactivité avec les autres lecteurs que je recherche avant tou.

Merci pour votre commentaire et votre fidélité.

B.

Raphael Riljk a dit…

Le bon Docteur l'a acheté, semble-t-il, 2,5 thalers en 1585.

C'est cher ou pas ?

R.

Raphael Riljk a dit…

Un bon docteur viennois quelques siècles avant l'autre ?

R

Martin a dit…

Ex libris Matthaei Judicis M. D. Viennae Austriae: Flo 8 s?
Matthaeus Judex, en allemand Richter = juge

Martin a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Raphael Riljk a dit…

MD plutôt " medicinae doctor" et la fin se lit Anno 85, je pense.

R.

Raphael Riljk a dit…

Il y a un Mattheus Iudex (Richter) qui semble avoir pas mal écrit en ce temps là, dans le genre doctrinaire
(Das kleine corpus doctrinae, 1573
etc)

Le même ?

R.

Martin a dit…

Non, c'est un autre.

Raphael Riljk a dit…

Possible qu'il s'agisse bien de cet homme-là. Dans ce cas, on lâcherait le mirage des urines pour celui des âmes en proposant :

MD= "magdeburgensis diaconus"

Ce qui fait une origine très intéressante.

Aucun Sphynx ne résiste à Martin.

R.

Martin a dit…

1528-1564?

Raphael Riljk a dit…

Forcément, si on s'arrête à ces détails, ça gène. Peut-être un effet spécial de la grâce ?

Dans l'attente, je reprends mon clystère en main.

R.

Martin a dit…

Il semble qu'il y avait deux médecins de ce nom à Vienne, probablement père et fils, tous les deux étudiants entre autre à Padoue. Le fils, mentionné comme médecin impérial vers 1620, est décédé en 1626.
Le père, natif de Meißen (Misnie), était depuis 1587 médecin à Vienne où il mourut en 1595. En 1588 (?) doyen de la faculté de médecine, mais en 1585?
Rien sur les deux dans le dictionnaire biographique des médecins célèbres de Hirsch.

Raphael Riljk a dit…

D'après les Acta Facultatis Medicae Universitatis Vindobonensis (Google avec proxy), je comprends que maître Matheus Judex, Docteur en philosophie et en médecine est Doyen de la faculté de Médecine de Vienne en 1593. Il passe la main et "le sceptre de la Faculté" l'année suivante.

R.

Raphael Riljk a dit…

Par des voies différentes : même homme !
Bravo à vous Martin.

R.

Martin a dit…

D'après une autre "source" il était médecin depuis 1583 et trois fois doyen entre 1588 et 1593, décédé en 1594.

Bertrand a dit…

Bah dis donc ! Vous vous êtes éclaté les gars !!

Bravo à vous deux.

A tout de suite pour le billet du jour...

B.

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