mardi 8 septembre 2009

Pour vous, une bombe bibliophilique, c’est quoi ?



L'Histoir naturelle de Buffon.
Une bombe bibliophilique !



Tout le monde sait ici ce qu’est une bombe sexuelle (pour moi, sans hésiter, Diane Kruger(*), d’ailleurs si elle nous lit… en même temps elle vient de déclarer qu’elle ne se remarierait jamais alors…), bref, bombe anatomique, bombe atomique, bombe incendiaire, bombe au phosphore, bombe à neutrons, bombe à fragmentation, etc., autant de superlatifs pour signaler aux passants quelque chose d'extraordinaire, d’explosif, de bruyant et de faramineux !

Un manuscrit enluminé du XIV ou XVe siècle. Une bombe bibliophilique !


Mais une bombe bibliophilique, vous savez ce que c’est vous ?

Un livre exceptionnel, une énormité livresque, un gigantesque bibliovolcanisme, une éruption bibliophile, un explosion bibliographique ! Voilà de quoi j’aimerais qu’on discute aujourd’hui.

« Inconnu aux bibliographes », « très recherché des amateurs », « les bibliophiles se battent pour l’avoir », « un livre aussi rare que précieux », etc, autant d’expressions qui font rêver le bibliophile lorsqu’il les lit sur les catalogues de libraires ou dans les notices de catalogues des grandes bibliothèques passées au feu des enchères.

De mon côté, j’assimilerai le côté « bombe » au côté « découverte » de l’objet. Je m’explique.

Le Discours de la méthode de Descartes, 1637. Une bombe bibliophilique !


Tout livre, aussi rare et précieux soit-il, perd (à mon sens) beaucoup de son charme une fois la découverte passée. Je ne dis pas qu’il perd « tout » son charme, mais une partie non négligeable.


Vous n’avez jamais eu d’incunables entre les mains ? Vous en avez un, au deuxième l’émotion sera moins grande. Vous n’avez jamais eu de livres d’heures enluminés entre les mains ? Vous en avez un, au deuxième l’émotion sera moins grande. Vous rêviez d’acheter un bel exemplaire de l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, format in-folio, relié maroquin rouge, aux armes, vous l’avez maintenant. Demain vous en croisez un, moins beau, vous le dédaignez presque.

L'encyclopédie Diderot et d'Alembert.
Une bombe bibliophilique !



Mes propos sont volontairement provocateurs, mais je suis persuadé que le côté « adrenalin addict » de la découverte est sans doute un des moteurs principaux d’une grande part des bibliophiles et bibliomanes.


Je vous laisse y réfléchir.

Dites-nous ce qui vous a fait vibrer ? Quel livre vous procuré un maximum d’émotions en un minimum de temps ? Est-ce que pour vous l’émotion est durable une fois le livre posé sur vos rayons ? ou le plaisir va-t-il décroissant vous portant vers d’autres livres ?


Votre avis nous intéresse tous. A votre clavier.

Bonne journée,
Bertrand

(*) Je rappelle qu’un homme marié ne trompe pas sa femme, sauf cas de force majeure, Diane Kruger en est un.

14 commentaires:

Mandragore a dit…

Bonjour,

Pour ma part, le livre qui m'a procuré la plus grande émotion est une édition espagnole d'Orlando Furioso de 1550. La reliure vélin ne payait pas de mine ayant beaucoup souffert ce qui n'a rien enlevé au charme, bien au contraire.

M.

Textor a dit…

Bertrand, je ne suis pas sur de partager votre avis. Je ne crois pas que tous les bibliophiles réagissent de la sorte, et que nous fantasmions sur tel ou tel objet convoité jusqu'à le posséder avant de tomber dans une torpeur post-orgasmique. La bibliophilie est un plaisir plus nuancé, fait de rencontre, de hasard, nous avons des livres de chevet auquel nous revenons sans cesse, quand d’autres jouent les potiches sur le rayon de l’étagère, plutôt que d’amour torride, je parlerais plutôt d’une douce amitié.
Et quand au choix d’une « bombe bibliophilique », je pense que cela n’est lié ni à la valeur, ni à la rareté de l’ouvrage. « La bibliothèque nécessaire est la bibliothèque inutile des autres » comme disait notre ancien Ministre de la Culture. En ce qui me concerne, je donnerais ce qualificatif à un ouvrage juridique (étrange non ?) que je ne recherchais pas particulièrement puisque j’ignorais où le trouver : les Statuta Sabaudiae imprimé à Turin par Francisco de Silva en 1505. Pourquoi ? Je ne saurais dire, sinon qu’il traite des mœurs de Savoie sous Amédée VIII et que sous son vieux cuir estampé cet in folio semble encore tout juste sorti du Château de Chambéry dont il porte l’ex-libris. J’ai passé des heures, un été, dans un autre château de Savoie, à tenter de déchiffrer son texte (en latin).

Bertrand a dit…

> tomber dans une torpeur post-orgasmique.

N'exagérons rien !

Post coïtum omne animal triste

(tout de même)

Je suis d'accord pour le reste (en partie)

B.

Pierre a dit…

Deux ouvrages me paraissent inaccessibles bien que loin d'être rares.

En premier, je rêve de posséder une édition complète de Buffon avec de jolies illustrations dans un format in-4 joliment relié (et dans un état impeccable, c'est ça le défi !).
En deuxième, les trois voyages de Cook en édition in-4 et superbement illustrés. En troisième... Non ! j'avais dit deux.

L'avantage avec ces "bombes textuelles", c'est qu'elles existent et que le rêve est réalisable. En fait,le vrai problème que je vais avoir si je croise ces ouvrages (et que je peux en faire l'avance) est que je sais pertinemment que j'aurai du mal à m'en séparer car ce ne sera pas une simple opération financière. Alors, je préfère me dire que je peux m'en lasser facilement... L'idéal serait, en fait, que quelqu'un d'attentionné me prête ces livres !

J'ai eu la chance de posséder (prêt gracieux) quelques "bombes" que je n'ai plus. Le souvenir peut me suffire aussi. Pierre

Anonyme a dit…

"Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
Je ne saurais pour un empire,
Vous la nommer.
dit Fortunio
pas fou, inutile d'éveiller les convoitises des autres bibliophiles!
"Mais j'aime trop pour que je die
Qui j'ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer."

Lauverjat

Jean-Marc a dit…

C'est curieux, mais l'expression Bombe Bibliophilique m'évoque plutôt quelque chose de négatif. Pour les quelques (voire nombreux) livres que j'ai qui représentent quelque chose d'inespéré pour moi, j'aurais envie de les associer à des termes qui expriment en même temps la tendresse et la possession, toute choses que les mots "bombe bibliophilique" ne m'évoquent pas.

Néanmoins, pou réponde à Bertrand, quelques "bombes bibliophiliques" :
- Un exemplaire des mémoires de Chorier, en latin, sur papier vert, dans une reliure plein veau vert à la duseuil, de la bibliothèque Eugène Chaper et, trouvé chez un bouquiniste, un autre exemplaire sur papier couleur jasmin, tel que sorti de l'imprimerie, en cahier, sans reliure ni même brochage.
- Une copie de d'une histoire manuscrite de la ville de Gap, par Dominique Rochas (vers 1780), de la bibliothèque de son petit fils Albert de Rochas d'Aiglun. Première histoire restée manuscrite de la ville de Gap, dont seule la bibliothèque de Grenoble possède un exemplaire moins complet.
- Deux exemplaires de Zizimi, prince ottoman, de Guy Allard, dont un exemplaire provenant de la bibliothèque de Charles Nodier.
Etc. Etc.

J'aurai presque envie de décrire tout ma bibliothèque, chaque livre représentant chacun tant de choses pour moi, par l'histoire de sa découverte, de son acquisition, du plaisir que j'ai eu à le découvrir, le lire, le toucher.

Jean-Marc

Bertrand a dit…

L'expression "Bombe bibliophilique" n'était là que pour faire un bon mot, évidemment.

Mais les opinions sur le sujet n'en restent pas moins intéressantes et à géométrie variable selon la personnalité du bibliophile et son statut de bibliophile, bibiophile-libraire, libraire, etc.

B.

Textor a dit…

Bien sur, si dans l’esprit de Bertrand, la Bombe est un rêve inaccessible, façon Diane Kruger, alors rêvons….. de trouver le tome 2 de la poétique d’Aristote consacré à la Comédie, sur vélin, enluminé par Jacquemart de Hesdin…

Vincent P. a dit…

Bonsoir,

Pour moi l'une de ces "bombes", où plutôt Graal bibliophilique, était de trouver une édition originale de "L'isle des Hermaphrodites", s.l.n.d [1605].

On ne voit toujours au mieux que la seconde édition de 1724...

Or il y a une semaine en cherchant tout autre chose cet ouvrage est apparu dans les listings d'un confrère étranger!

Acheté de suite et là je l'attends avec impatience, car le travail va commencer. L'édition originale est datée de 1605 mais on trouve 2 états au moins avec 2 paginations différentes (peut-être même 3) et une des éditions à un titre frontispice sur bois et l'autre un titre frontispice sur cuivre...

Alors EO ou pas EO? Telle est la qustion car personne ne semble d'accord...Plusieurs éditions entre 1605 et 1610 comme signalé ailleurs? Pourquoi pas...

J'en appellerai sans doute aux sciences des assidus du blog :)

Amicalement,
Vincent P., Bibliophile-Libraire

Bertrand a dit…

A Textor : Je vous rappelle que le second tome de la poétique d'Aristote n'a jamais été écrit, parce que la Providence ne tolère pas que l'on glorifie de telles futilités.

B.

A Vincent P. : On a tous hâte d'en savoir plus sur cette île des hermaphrodites. N'hésitez pas à partager avec nous cette belle trouvaille.

B.

Anonyme a dit…

Puisque chacun y va de ses petits trésors, j'avoue avoir un faible pour deux "unica" (ou présumés tels): un incunable de 1490 (mais qui ne paye pas de mine), et... un petit catéchisme luthérien danois de 1799, avec des gravures sur bois d'allure primitive, ouvrage dont le caractère unique a été confirmé par la Bibliothèque royale du Danemark. Sinon, je suis assez content d'un Hermaphroditus de Forberg (Cobourg, 1824), ainsi que de... mais moi aussi j'aurais tendance à décrire 100 voire 1000 livres!
Ceci étant, j'admire la retenue de notre colistier, dont le rêve est une édition de Buffon, "complète" dit-il, ce qui demanderait quelques commentaires, car la question est de savoir si l'on y inclut les "Suites", ou non, et si oui lesquelles... Mais son desideratum n'a rien de surhumain.
Amicalement, Yves.

Bertrand a dit…

Mise à part Diane Kruger, disons que bibliophiliquement parlant, je fais le rêve insensé de tomber un jour sur la toute première édition des Lettres de la Marquise de Sévigné en à peine 75 pages seulement, édition furtive pratiquement inconnue, connue uniquement à 3 exemplaires à ce jour je crois (dépôts publics et collections privées connues), titre à la sphère, livre insignifiant au possible, ne donnant qu'une bien méchante idée du talent d'épistolière de la Marquis, puisqu'on n'y trouve que quelques lettres ou fragments, bien mal édités...

Pour vous consoler sachez qu'il existe tout de même un édition de chez Jouaust, tirage limité sur Hollande, de cette rarissime édition...

Si vous la voyez... pensez à moi !

C'est mon Graal !!
La chose est dite.

B.

Bertrand a dit…

J'ai oublié de préciser que cette première édition des Lettres de la Marquise de Sévigné avait été publiée en 1725, avec un titre à la sphère.

B.

Bergamote a dit…

Avec un peu de retard : une vraie trouvaille, pour moi, serait l'édition originale des Lettres à un jeune poète, de Rilke ("Briefe an einen jungen Dichter"). La bombe, ce serait de posséder carrément les lettres. Mais est-ce réellement de la bibliophilie... ?

Sinon, dans le rigoureusement impossible (rêvons un peu), la bible de Gutenberg exposée à Austin : http://www.hrc.utexas.edu/exhibitions/permanent/gutenberg/html/8.html

Bergamote (commentateur n°6 !!!)

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