mercredi 2 septembre 2009

Roger de Rabutin, conte de Bussy : sa vie et ses écrits.


Ce billet, que forcément je fais court, est donc notoirement incomplet. Je vais me contenter de « survoler » la vie de cet ILLUSTRE libertin érudit du XVIIe siècle, et la tâche n'est pas aisée ; Bertrand, habitant à quelques lieues du château du sieur de Bussy, connait "tout" du personnage et de ses ami(e)s.

Je terminerai cet article avec une bibliographie, c'est en partie ce qui me manquait lorsque je débutais dans ma connaissance de Bussy.

J'ai ensuite entamé la lecture attentive de l'ouvrage d'Émile Gérard-Gailly, Bussy-Rabutin : sa vie, ses œuvres et ses amies, à Paris, Librairie Ancienne Honoré Champion, 1909, 414 pages et un utile index des noms cités. C'est un ouvrage que l'on trouve facilement pour environ 20 euros ; cet article, vous l'aurez compris, s'en est largement inspiré.

Autre ouvrage aussi consulté : par Jacqueline Duchêne, Bussy-Rabutin, Fayard, Paris, 1992

Et puis, bien sur : http://www.bussy-rabutin.com

On verra aussi dans ce billet, comment le petit livre de l'Histoire amoureuse... va se transformer en un copieux ouvrage de cinq volumes.

Portrait de Bussy-Rabutin. Chateau de Bussy-le-Grand (21).


Bussy-Rabutin naquit un vendredi, le 13 avril 1618. A douze ans il commença à servir dans l'armée, et montra dans toutes ses campagnes autant de bravoure que d'intelligence. Sa naissance et son mérite lui ouvrirent la porte des honneurs ; le grand Condé lui témoigna régulièrement des éloges publiques. Il fût mestre-de-camp général de la cavalerie légère, lieutenant-général des armées du Roi, et lieutenant-général du Nivernais.

Né avec une grande ambition, augmentée d'une bonne opinion qu'il avait de lui-même, il n'eût pas songé à s'arrêter de sitôt dans sa carrière ; mais son caractère fût un l'écueil où vinrent s'échouer toutes ses espérances. Il finit par se fâcher avec le grand Condé ; il continua ensuite de s'illustrer en Espagne sous les ordres du prince de Conti, il devînt fort estimé de ce prince. Il passa ensuite sous le commandement de Turenne où il continua de briller, Bussy n'aimait pas Turenne, et n'a jamais pu vivre en bonne intelligence avec lui ; il semblerait que Turenne, ne s'accommodait guère de l'humour caustique et médisant qui faisait le fond du caractère de Bussy.

En 1653, Bussy est reçu à l'Académie Française ; c'est durant cette période que la première partie de son Histoire amoureuse..., dont il avait, sous le sceau du secret confié le manuscrit à Mme de la Baume, commença à faire du bruit.

Dans cet ouvrage, la conduite scandaleuse de quelques femmes de la cour est révélée sans ménagement et sans pudeur, les plaintes vinrent de tous côtés ; ces histoires étaient pourtant bien connues à la cour (Bussy dira de ce roman, qu'il n'a rien inventé) ; il fût fortement soupçonné d'avoir fait entrer le roi dans son roman. Pour cela il fut embastillé, et pour s'en sortir, il se démit de ses charges ; se soumettant de plus à écrire des excuses auprès des personnes diffamées dans son livre.

Exilé dans ses terres de Bourgogne, il ne supporta pas cette disgrâce avec le courage dont il avait tant de fois fait preuve à la guerre. Il ne cessa de solliciter la grâce du Roi pour son retour à la cour, dans un grand nombre de lettres du style le plus servile, et remplies des sentiments d'une adoration basse.

Son exil dura 17 ans. Bussy put revenir en 1682 à la cour mais le Roi ne l'honora même pas d'un regard, il retourna alors dans sa terre bourguignonne, où il acheva sa carrière dans la culture des lettres et dans les exercices de la dévotion.

Il décèdera à Autun d'une apoplexie le 9 avril 1693, il était âgé de 75 ans.

Bussy eut une jeunesse assez dissipée, comme toute la jeunesse dorée de son temps, ni plus ni moins. Il faisait grand cas de sa personne, et cela lui attira des ennemi(e)s durant toute sa vie.

Il avait enlevé (la chose était courant à l'époque) Mme de Miramion dont il se crût aimé, la beauté de cette jeune veuve de 19 ans, et plus encore peut-être les grand biens quelle possédaient, lui avaient inspiré de l'amour.

Bibliographie des principaux écrits de Bussy-Rabutin :

- Histoire amoureuse des Gaules : C'est un ouvrage remarquable pour la fidélité des portraits, l'agrément des détails, la vivacité, la grâce et la délicatesse du style. A l'origine, peut-être, un amusement secret et complaisant pour la délicate Mme de Monglas ? (sa maitresse, durant 7 ans), un épisode de son amour ou l'occupation d'un loisir après la guerre avec sa cousine, Mme de Sévigné ?

La première édition semble dater de 1664, il s'agit d'une impression Hollandaise, parue simultanément sous ces 2 titres : Histoire amoureuse des Gaules, et Histoire amoureuse de France.

La Reynie a signalé dans un manuscrit du 27 Juin 1664, conservé à la B.N (M.S 361, pièce 472), "qu'un livre auparavant imprimé en Hollande, Les annales amoureuses de France, est réimprimé depuis peu à Paris".

Les bibliographes Barbier et Brunet, ne mentionnent pas cette édition parisienne, et il est supposé que la police parvint à supprimer tous les exemplaires (?).

Janmart de Brouillant, in Le bulletin du bibliophile de 1893 (pages 555 à 571), se demande avec justesse si cette réimpression a bien existé, elle n'est portée sur aucun catalogue consulté par ce bibliographe.

Histoire amoureuse de Gaules, à Liège, marque à la Croix de Malte, pet. in-12, 1f.+190pp.+69pp. et 3 pages pour la clé (Graesse I, page 581), RARISSIME.

Il a été rencontré des exemplaires, dont la 2ème partie n'avait que 68p., le baron Walckenaer en possédait une (catalogue de sa vente, lot 1819). Brunet, dit que c'est l'édition donnée sous la rubrique "A Liège, de 1665", qu'il considère comme la première. L'imprimeur a fait tout ces efforts pour qu'on ne puisse parvenir à découvrir l'origine de son livre. Il n'a fait usage, ni de fleurons ni de lettres grisées, éléments qui eussent indubitablement pu servir de point de repère aux chercheurs.
Une multitude d'éditions suivront, de nombres de pages variables, avec ou sans les feuillets de clé (les noms propres sont alors en clair dans le texte), avec ou sans feuillet blanc après tel pièce, etc...

Juste un mot pour la page de titre qui suit : le lieu d'impression est à l'adresse "A l'hôpital des fous, chez l'auteur", 1666. Bussy, qui avait été embastillé le 18 avril 1665, en sortit pour cause de maladie en mai 1666, il fût conduit aux petites maisons, où l'on enfermait les fous, d'où l'allusion à l'adresse « chez l'auteur, à l'hôpital des fous ».


C'est aussi la première fois que le nom de Bussy figure comme auteur, dans plusieurs éditions de 1666.

Plusieurs sont indiquées comme rarissimes : une en 1717, à Cologne chez Jean l'Amoureux, avec des gravures ; celle de 1722, chez Pierre Marteau est inconnue des bibliographies. Celle de 1754, à l'adresse de Londres est une des plus complètes : 5 volumes in-12 !

Durant 75 ans aucune réédition de sa Correspondance, de ses Mémoires et de son Histoire amoureuse ne vit le jour !. Il faudra attendre 1829 pour que les libraires Mame et Delaunay rééditent l’Histoire amoureuse et sa suite, sous le titre de la France galante.

Son libelle, se transformera au fil du temps en 5 copieux volumes, agrémenté de romans satiriques qui n'étaient pas les siens :

- Les vieilles amoureuses (de Courtilz de Sandras, parue en 1686, chez Pierre Marteau, sous le titre: Les Dames dans leur naturel, ou la galanterie sans façon. Sous le règne du Grand Alcandre [Louis XIV])

- Les fausses prudes, ou les Amours de madame de Brancas et autres dames de la cour.

- La déroute et l'adieu des filles de joie de la ville et faubourg de Paris.

- Le Palais-Royal ou les amours de Mme de la Vallière et autres (qui parut la même année que l'Histoire..).

"On ne voit guère Bussy, auteur malgré lui mettre de l'huile sur le feu, et ajouter, dès sa prison, le Palais-Royal à son désastreux libelle. On ne le voit guère, durant toutes ses années d'exil, de son repentir et de son silence, implorer le pardon royal en produisant une série ininterrompue de petits papiers scandaleux sur les amours de Louis XIV, alors qu'il n'osait même pas laisser circuler ses Mémoires si pleins de fidélité monarchique". (Gérard-Gailly, p.389)

- La France devenue italienne, avec les autres désordres de la cour, les duchesses d'Aumont, de Ventadour, de La Ferté.

- Les Mémoires : des notes prises dès l'adolescence, en vue d'un projet plus ou moins commun aux gentilshommes guerriers. Malgré l'aridité de certains détails, d'un certain nombre d'anecdotes, la peinture exacte des mœurs de la cour d'Anne d'Autriche et celle de Louis XIV, plaisent par le charme. 2 volumes, in-4 en 1696, seront réédités à Amsterdam en 1721 en 3 volumes in-12. C’est dans cet ouvrage que paraîtront pour la première fois les lettres de Mme de Sévigné. Puis, d’autres éditions en 1704, 1711, 1712, 1721, 1731, …

- Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis (1666 – 1693) : l'œuvre des jours et des années, qui fait partie de la vie elle même et qui continue le récit commencé dans les Mémoires.

- La Carte du pays de Braquerie : un passe temps fort impertinent et scrupuleux de la vérité, conçu sous la tente, entre amis que cela délasse tout en les rapprochant de la cour. La braguerie est un divertissement, un jeu,…in "Dictionnaire historique de l'ancien langage françois, ou, Glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV" La Carte du Pays de Braquerie a été initialement imprimée sous le titre de Carte géographique de la Cour et autres galanteries de Rabutin à Cologne chez Pierre Marteau en 1668. (in bussy-rabutin.com)

- Les maximes d’amour, c’est une nouvelle complaisance envers sa maîtresse.

Une première série des Maximes d’amour a été donnée dans le Recueil de pièces en prose les plus agréables de ce temps par Charles de Sercy, Paris, 1658, Tome V. Elle a été augmentée en 1669 pour un total de cent cinquante-sept Maximes reproduites par Ludovic Lalanne dans les Mémoires, Charpentier, Paris, 1857. (in bussy-rabutin.com)

- Discours du comte de Bussy Rabutin à ses enfans, sur le bon usage des adversitez, et sur les divers événements de sa vie, cet ouvrage renferme une multitude de réflexions sages, telles qu'une piété sincère et une philosophie éclairée. Chez Anisson en 1694, in-12

- ses Les lettres de messire Roger de Rabutin, comte de Bussy, Lieutenant général des armées…, ont eues de son temps une grande réputation ; une certaine affectation de briller, un certain air de prétention, y jettent en général un peu de sécheresse et de roideur ; mais que l'esprit déguise en faisant oublier ses défauts. 4 tomes in-12 en 1697-1698, je vous épargne la collation !, d’autres éditions suivront en 1709 (3 volumes), 1716, 1727…mais, la première édition est la plus complète.

- Lettres et épitres amoureuses d'Héloïse avec les réponses et d'Abeillard, qui sera réédité en 1775. "Bussy s’est également attaché à la traduction des Lettres d’Héloïse et d’Abélard, la première du genre, ou peu s’en faut. Il l’annonce à sa cousine de Sévigné en 1687, à qui il demande son sentiment sur son nouvel « amusement ». Il est probable que ces Lettres circuleront en manuscrit avant d’être publiées dans la première édition de la correspondance de Bussy et souvent reprises. Jugées « excellentes », et même exemplaires puisque Malherbe les a insérées dans sa grammaire française, elles seront reproduites, voire mises en vers par ses admirateurs jusqu’au XIXe siècle". (in bussy-rabutin.com)

Voilà, je m’arrête ici ; je ne vais pas non plus recopier Tchemerzine, Graesse, Brunet et Rochebilière

Avec ses défauts et ses qualités, la postérité a assigné à Bussy-Rabutin une place distinguée dans la littérature française, ses ouvrages sont précieux, surtout parce qu'ils représentent une vision naturelle du siècle dans lequel ils ont été composés.

Fac-similé de la signature de Bussy-Rabutin.


La critique des ouvrages de Bussy-Rabutin est extraite de la notice de mon exemplaire de l'Histoire amoureuse....A Paris, chez Bossange libraire rue de Richelieu, MDCCCXXIII [1823]

Je vous invite à parcourir le site http://www.bussy-rabutin.com, et notamment ce lien http://www.bussy-rabutin.com/index_gen00.html, ou vous pouvez lire son discours de réception à l’Académie Française.


Vue du Château de Bussy-Rabutin à Bussy-le-Grand (21).
Arrière du château et jardins.




A bientôt pour de nouvelles aventures.

Bonne nuit,
Xavier

10 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Xavier,
belle évocation documentée.

"Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas assez."

Belle devise non.
Je l'appliquerai (aussi) au Bibliomane moderne...

B.

Anonyme a dit…

Cher Xavier, chers tous.
Pardonnerez-vous au vieux prof que je suis une remarque "au ras des pâquerettes"?
Il s'agit de l'orthographe: j'ai l'impression que les participants au "Bibliomane moderne" sont en général plutôt jeunes, et comme tels, tout érudits qu'ils soient, ils n'ont de l'orthographe que des notions -- dirais-je -- approximatives...
C'est une bonne idée de nous "conter" les aventures du célèbre Bussy; mais j'avoue que les petites fautes qui émaillent ce texte me perturbent et m'empêchent de l'apprécier tout à fait. Il n'y a pas que l'orthographe: dans d'autres textes, parfois, on peut déplorer ici ou là une faute de style, voire ce que Proust appelait un "cuir": un mot mis pour un autre, comme dans le célèbre cas de confusion entre dénoter et détonner, fleuron du jargon radiophonique et télévisuel.
Encore une fois, veuillez pardonner ces remarques, j'en ai peur, bien anachroniques, au véritable sens du terme.
Yves

Bertrand a dit…

Vous avez tout à fait raison Yves, nous devrions être plus rigoureux en ce qui concerne l'orthographe et le style.

De mon côté, un manque cruel d'études supérieures et une idée tout à fait personnelle du style néoclassique, font que je m'emballe parfois au clavier sans me reliure outre mesure, mais sans aller jusqu'à l'auto-flagellation, je vous promets que pour les prochains billets mes yeux seront rivés sur mes doigts.

PS : Attention, si vous constatez l'apparition fréquente de néologismes inconnus au Grand Robert, ne vous inquiétez pas, c'est une vilaine habitude que j'ai d'essayer d'égayer mes billets de ces mots qui n'existent pas... mais que j'adore.

L'orthographe du Cid était une belle orthographe. Elle n'est plus. Que restera-t-il dans deux siècles de l'orthographe prônée par nos académiciens mourants. Mais c'est une autre histoire...

Amitiés,
B.

Bertrand a dit…

Voyez... quand je vous le disais...

Lapsus !

"je m'emballe parfois au clavier sans me reliure outre mesure"

Révélateur non.

Bertrand a dit…

Il fallait bien sûr lire "reluire" et non "reliure" !

Euh ! non ! Il fallait lire "relire" !!

Damned ! Le français est une langue si belle, si riche et si compliquée qu'il est fort amusant de jouer avec, même si souvent erreurs grossières il y a.

B.

Raphael Riljk a dit…

Pardonnez-nous nos offenses, Yves. Elle sont trop nombreuses, hélas.

Nous passons nos journées à écrire ou lire en anglais, à recevoir les textos en verlan de nos gamins et le soir nous nous plongeons dans le vieux françois ou dans des pattes de mouche en latin.

Tout ça finit par un peu se mélanger surtout quand on y ajoute les abréviations des catalogues de libraires.

Ajoutez à cela le cortex qui se débine (tout le monde n'est pas si jeune que cela) et l'accentuation (cf. l'usage de l'anglois) et la ponctuation (cf. le latin qui en plus contracte comme les textos), deviennent des tortures !

En vous écrivant dans ce petit cadre, je me demande d'ailleurs combien j'ai fait de fautes.

Promis, on se relira mieux !

Raphael

Anonyme a dit…

Amis lecteurs,
J'ai bien compris que pour vous attirer, il suffisait d'oublier dans son texte quelques fautes...

J'ai visiblement fait un "bide" (in Robert de poche, 2010) avec mon article.

Par contre, enfin célèbre pour mon orthographe, je vais essayer dorénavant d'améliorer le contenu de mes textes.

Désolé, Bertrand, pour cette mauvaise publicité, mais avant tout ; rassure-moi : avons-nous bénéficié d'un pic de visiteurs... ?
Si tel est le cas, merci Monsieur le professeur et sans rancune ; je ne voudrais pas que ce trait d'humour risque d'être mal interpreté.

Je vais essayer d'être plus vigilant, avant d'appuyer sur le bouton d'envoi.

Excusez-moi amis lecteurs.
Amitiés
Xavier

Anonyme a dit…

"Le français est une langue barbare et anormale qui s'écrit autrement qu'elle ne se prononce et qui possède des sons stridents et des accents qui n'ont presque plus rien d'humain".


Désiré Erasme

Textor a dit…

谢谢 (sié sié) Xavier from DuGiangYan.

Anonyme a dit…

Bonjour Textor,
Lecture de la province du Sichuan ?, prenez garde aux séismes, ne vous attardez pas !
A Bientôt.
Xavier

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