jeudi 24 septembre 2009

Un béotien en filigranes.


Je fais appel aujourd’hui à l’immense savoir des lecteurs du blog, plus ou moins jeunes, car je souhaiterais me documenter sur les filigranes utilisés aux XVIeme et XVIIeme siècles. J’ai trouve sur Google Books un article de Codologica de 1980 qui traite de la question.

De nombreux ouvrages semblent avoir été publiés à ce propos, quelles références bibliographiques me conseilleriez-vous ? Existe-t-il une banque d’images accessible via internet qui permette d’identifier la provenance du papier?

Je vous livre aujourd’hui quelques clichés de filigranes pris sur quatre volumes in-folio. Avez-vous déjà rencontré ces marques-là ? Est-il possible de dater leur année de fabrication ?

Les premiers concernent l’édition de 1513 de la traduction latine par Laurent Valle des guerres du Péloponèse de Thucydide, chez Josse Bade dont voici la page de titre :


J’ai relevé dans mon exemplaire quatre filigranes différents. Le papier étant relativement épais, les photos ne sont pas faciles à réaliser. J’ai procédé par éclairage indirect au spot….vos trucs et astuces sont les bienvenus :


Dans le volume suivant, l’édition de 1572 des Chroniques de Monstrelet chez Pierre L’Huillier, je n’ai relevé qu’une seule marque :


Par ailleurs ce médaillon vous est-il connu ?

Dans le volume suivant, l’édition de 1596 des Recherches de la France d’Etienne Pasquier j’ai relevé une marque pour la page de garde différente de celle visible dans tout le volume (les initiales BB). Je soupçonne par ailleurs la page de garde d’avoir été ajoutée ultérieurement lors de la reliure, la qualité du papier étant très différente de celle du reste de l’ouvrage. La datation de cette page de garde pourrait peut-être me fournir des informations intéressantes quant à la date de la reliure.


Enfin, un ouvrage de 1649 auquel il me manque malheureusement la page de titre : Histoire de l’église et diocèse, ville et université d’Orléans écrite par Guyon. Voici les 2 marques que j’ai pu repérer dans mon exemplaire :


Toutes vos remarques concernant les filigranes sont les bienvenues !!! Je vous remercie tous par avance et tout particulièrement Bertrand bien entendu.

Bonne journée,
Denis

PS : au risque d’abuser de votre bonté, si quelqu’un parvient à déchiffrer les tampons sur les pages de titre de l’édition de Thucydide et de Pasquier, je suis également intéressé !


37 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Denis pour cet excellent billet, qui, à n'en pas douter, va faire réfléchir plus d'un Textor-Terminator !

Concernant le fer doré au centre des plats de votre reliure fin XVIe, c'est un fer assez commun à cette période, avec des variantes dans la forme (peut être ovale, rectangulaire, ...), souvent azuré (hachures dans le doré), très décoratif, et qui n'a d'ailleurs de fonction que celle-là.

Ce fer était uniquement et purement décoratif, aucune provenance ou marque de possession associée. C'était la mode entre 1570 et 1600 dirons-nous !

Pour les papiers je ne suis pas expert dans ce domaine et je manque d'ailleurs cruellement de documentation à ce sujet (documentation rare et chère).

B.

Eric a dit…

A ma connaissance, l'ouvrage de référence sur ce sujet est celui de Briquet. On le trouve par exemple ici :
http://www.ilab.org/db/detail.php?booknr=357080640

Eric

Eric a dit…

On peut aussi le trouver, toujours en France aussi ici :
http://www.delon-biblio.com/recherche-1-auteur-BRIQUET+(Charles-Moise).+.php


Eric

Raphael Riljk a dit…

Timbre "District de Metz".

Raphael

Gonzalo a dit…

La base Picard (pour les germanistes)

http://www.piccard-online.de/start.php

Raphael Riljk a dit…

Il y a quelques années le Briquet était sur gallica puis a été retiré pour une question de droit d'auteur si je me souviens bien.

Dans les signets de la BN
http://signets.bnf.fr/html/categories/c_094filigranes.html
Il y a un lien http://www.ksbm.oeaw.ac.at/_scripts/php/BR.php
qui donne accés à une reconstitution partielle de cette somme colossale d'information.

R

Denis a dit…

Merci Bertrand, Eric et Raphael! Savez-vous qui utilisait ce timbre, à quelle époque et quelle en était l'utilité?

Cordialement,

Denis.

Raphael Riljk a dit…

Je crois que notre documentaliste, vous savez celle qui une jolie petite gou-gueule, doit savoir un petit quelque chose...

Raphael

Raphael Riljk a dit…

Cachet apposé, semble-t-il, sur les livres confisqués dans les couvents à l'époque révolutionnaire.

Raphael

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Pour les photographies de filigranes, rien de tel que la lumière naturelle à travers le feuillet posé sur une vitre de fenêtre (il faut être deux !).

Textor a dit…

Avec un tel article,le Terminator Renaissance est aux anges, et va de suite interroger la petite documentaliste !!! Merci Denis.

xavier a dit…

Bonjour Denis,

En plus du "Briquet", qui est très très bien ; il y a aussi : Gaudriault (Raymond)-Filigranes et autres caractéristiques des papiers fabriqués en france au XVIIe et XVIIIème siècles
P., 1995, in-4 br., 700p environ, 150pl. 400 marques de papiers décrites, 2000 repro., 600 papetiers répertoriés, 1200 monogrammes de papiers relevés. (Très bien)

et puis aussi,
Heawood (Edward)-Watermarks, Mainly of the 17th and 18th Centuries. Hilversum (Pays-Bas), 1969. Réimpression en 2003, in-4, 154pp. + 533 pl.
Qui complète très utilement l'ouvrage de Briquet. C'est le fruit de plus de 30 ans de collection et de comparaison des filigranes dans des cartes et dans des livres, de la fameuse bibliothèque de Londres. 4078 filigranes, avec l'introduction, les sources et l'index complet.
(Très bien...aussi)

Bon chasse !
Xavier

xavier a dit…

J'oubliais : http://fr.wikipedia.org/wiki/Filigrane
avec quelques liens vers des bases de données.

Xavier

Textor a dit…

Etonnant, ce Briquet on line.

Je me suis amusé à rechercher un filigrane qui m'avait toujours intrigué sur un ouvrage imprimé à Cologne en 1477, une vache aux cornes démesurées, au milieu desquelles figure une étoile. Et bien non seulement le Briquet nous apprend qu'il y a un troupeau de 500 vaches filigranées ( il faudra m'expliquer cette obsession des papetiers pour ce pauvre animal) mais encore que la mienne sort d'un atelier de Radhausofen, en 1461.

Se peut-il qu'un papier reste inutilisé pendant 16 ans ? (remarquez bien que le fabriquant ne devait pas craindre qu'il jaunisse car 500 ans après il est toujours blanc comme neige !)

Raphael Riljk a dit…

Sur le Thucydide, une tentative :

Ad Bibl Acad Land =
Ad bibl[iothecam] Acad[emiae] Land[sbergi] ?

On trouve d'autres antiques qui semblent avoir frotté leur cuir au sien en Bavière autrefois (si la lecture est bonne.)


Raphael

Bertrand a dit…

16 ans !

Que sont 16 ans dans l'histoire d'un livre imprimé, j'ai déjà trouvé des livres du XVIIIe siècle imprimés en 1780 sur du papier filigrané et daté 1750 !! 30 ans c'est mieux !

En fait je suis même certain que les rames de papier pouvaient servir à plusieurs générations d'imprimeurs. On ne gaspillait pas dans ce temps là ! Et surtout pas le papier qui était plus cher que la main d'oeuvre...

B.

Textor a dit…

Textorinette se demande quelle mouche m'a piqué, jusqu'alors je lisais les pages du livre et maintenant je regarde les pages par transparence; elle est à 2 doigts d'appeler le service vétérinaire ! :)
Denis m'a ouvert les chemins d'une terra incognita. Je suis toujours sur mon édition de Cologne. Les filigranes apparaissent sur presque une page sur 2, toujours bien centré sur la page de ce petit in-folio, et le plus étonnant est que j'ai déjà recensé 6 ou 7 filigranes différents en plus de la vache de tout à l’heure.
Si l’imprimeur avait choisi une rame de papier, nous devrions trouver toujours la même marque, non ? Ou alors cela signifie qu’il avait autant de fournisseurs que de marques, et qu’il mélangeait toutes ses pages avant de les imprimer. Bizarre … Plus on apprend moins on comprend.
Bonne soirée, je retourne à mes ombres chinoises.

Textor a dit…

Retrouver une vache dans le Briquet, c’est facile, je bois du petit lait. Mais lorsque la marque est une espèce de demi N gothique accolé à une sorte de crosse d’évêque, c’est une autre affaire car il faudrait connaître le nom de la chose...

xavier a dit…

J'ai le Briquet en vrai papier, plus les 2 ouvrages dont j'ai donné les références dans mon commentaire.

Par contre, je ne suis pas disponible pour y faire des recherches avant le début de la semaine prochaine.

Vous pouvez envoyer quelques photos de vos filigranes pour identification, à xavier.bibliomane[arobas]gmail.com

A bientôt
Xavier

Vincent P. a dit…

Bon pour les filgranes je ne ferai que refaire une énième référence au Briquet...

Et pour le fer azuré Bertrand a déjà tout dit: très classique de la fin du 16eme. Je l'ai 2 ou 3 fois sur des chroniques d'ailleurs.

Vincent P.

Textor a dit…

Merci pour votre proposition, Xavier, c'est sympa. Je vais tenter de me débrouiller avec le Briquet on line, et en dernier ressort, je reviendrais vers vous.

Vous etes très documenté sur le sujet, vous avez fait votre thèse sur le thème de la vache et du papetier ?

xavier a dit…

Bonsoir Textor,
A bien, réfléchir, cela aurait été préférable...

« La vache et le papetier », c’est dans les Contes de La Fontaine ? :-)

Amitiés
Xavier

Textor a dit…

Je signale cet ouvrage de del Marmol sur le sujet:

http://www.archive.org/stream/dictionnairedes00marmgoog/dictionnairedes00marmgoog_djvu.txt

Denis a dit…

Vraiment un grand merci à tous! Le Briquet on line va illuminer les longues nuits d'hiver!
Par ailleurs Textor l'article que je mentionne de Codologica cite plusieurs études qui montrent que si les papiers sont généralement utilisés assez rapidement (moins de 10 ans après fabrication), ils peuvent parfois attendre jusqu'à 70 ans...
Raphael, quel oeil de lynx! Pour Metz, l'ex-libris manuscrit a été gratté mais je crois deviner le nom de St Sauveur, une collégiale a Metz justement.Pour Landsberg je suis en discussion avec la secrétaire :)

Encore tous mes remerciements pour vos références et vos recommandations, si vous passez par Tokyo n'hésitez pas à me contacter pour aller boire quelques verres!

Cordialement,

Denis.

Anonyme a dit…

Tokyo ? C'est donc vous le grand chineur parmi les Nippons?

On dit qu'il y a beaucoup de rites la-bas, mais peu de bouquins.

J'ai battu mon Briquet, pas trouvé le BB.

Montag

Raphael Riljk a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Raphael Riljk a dit…

Ad bibl[iothecam] Acad[emiae] Land[sbergae] ou Land[sbergis] est probablement plus correct.

Martin collera au mur si nécessaire.

Raphael Riljk a dit…

Machine arrière. La documentaliste sort de ses tiroirs plutôt Landshut, toujours en Bavière (Landfavia Bavarorum).
Je me donne des gifles avant que Martin ne réagisse. Pardon pour la fausse piste.

Raphael Riljk a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Raphael Riljk a dit…

A propos d’une autre livre, on lit :

The universitätbibliothek has two copies :
One copy has the inscription “Bibliothec(ae) Acad (emiae) Ingolstadii” and a stamp referring to the Landshut University Library, ie a previous stage of the Munich University (Library)), between 1800 and 1826 : “Ad/Bibl(iothecam)/Acad(emiae)/Land(sbergensis)”.

Je ne sais pas si le lien va passer.
http://books.google.fr/books?id=sY18aNx5hTUC&pg=PA423&dq=ingolstadt+ad+bibl+acad+land&lr=#v=onepage&q=ingolstadt%20ad%20bibl%20acad%20land&f=false

Textor a dit…

Raphael, inutile de vous flageller, Martin est sourd et muet pour 15 jours.
T

Denis a dit…

Merci Raphael, intéressantes histoires de déménagements de la bibliothèque Landshut! Le fil rouge de ces cachets semble être le pillage des bibliothèques ecclésiastiques...

Cordialement,

Denis.

PS: Montag, vous semblez avoir omis le fait que j'étais arrivé à pied...

Vincent P. a dit…

C'est dommage Denis! J'y étais en mai pour 2 semaines. Rien trouvé à Kenda cette fois...Vous ratissez tout non?

Amicalement,
vincent P.

Denis a dit…

Bonjour Vincent, ha oui le quartier de Kanda-Jimbocho! Je vais essayer de faire un portrait d'un libraire que j'aime bien là-bas la semaine prochaine.Ca ne m'étonne pas beaucoup que vous n'ayez pas trouvé votre bonheur. Je dois dire qu'assez logiquement le choix est assez restreint en terme de livres anciens en francais à Tokyo et le prix est souvent prohibitif.

Vincent P. a dit…

Oh Denis si vous saviez les affaires faites là-bas il y a 5 ans: des reliures signées sur de grands textes des 16eme et 17eme revendus presque de suite aux plus grands libraires...

Vincent P.

Denis a dit…

Bonjour Vincent,

Je vais y interviewer un libraire ce matin (Tamura shoten), le billet sera pret d'ici la fin de la semaine.

Denis.

Vincent P. a dit…

J'avais pensé faire un petit reportage photo sur ce quartier en Mai, mais bon la "chine" n'ayant pas été bonne mon humeur m'avait fait changer d'avis...

Ce libraire est-il un des rares qui parle français?

Je me souviens d'une librairie au 1er étage (escalier très raide) où un monsieur très sympathique parle français: je lui avais acheté une très belle "Education des Princes" du tout début 17eme en reliure fleurdelysée en maroquin citron.

J'attends avec impatience ce portrait!

Vincent P.

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